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      c. Le bilan de la journée du 19 septembre 1914
Pas moins de 25 obus ont frappé le monument durant cette journée. Les raisons de la propagation de l’incendie L’incendie fut tellement rapide qu’il convient de tenter de l’expliquer.

Le premier facteur qui va jouer, c’est le temps. L’incendie se propage du fait d’un vent violent du Nord78 et par un temps " de brume et de pluie "79. Les lourdes chapes de fumées sont orientées sud-est, c’est à dire que l’échafaudage subissait de front ce vent déchaîné qui a ainsi attisé le foyer.

D’autres raisons sont davantage techniques. Tout d’abord, comme l’affirme d’ailleurs justement l’abbé Andrieux, " l’escalier (de la tour nord) formait cheminée et produisait un formidable appel d’air. "80 Ce constat explique la vitesse de propagation des flammes parmi l’échafaudage. De plus le brasier est alimenté par " la paille qui jonchait les nefs, par les chaises entassées dans le chœur, par les tambours latéraux81 du grand portail "82. C’est la charpente de la Cathédrale qui va former l’essentiel du combustible.

Au niveau des secours, le dépôt de pompe le plus proche avait été détruit du fait des bombardements. De plus, les pompiers étaient gênés par les autres sinistres qui se déclaraient partout dans la ville, en particulier dans le Quartier des Laines, ainsi que par la rupture des conduites d’eau.

L’armée allemande a-t-elle eu recourt à des obus incendiaires contre la Cathédrale ?

Le témoignage d’un capitaine d’artillerie français signale :

" Quand le tir a été réglé, il a vu un tir d’efficacité se déclancher et, parmi les coups atteignant leur but, il a distingué très nettement des coups dont on entendait le sifflement non suivi d’explosion mais auxquels succédait un violent jet de flammes. Cette observation semble indiquer que l’ennemi employait des projectiles incendiaires.  "83 D’après ce témoignage, les artilleurs allemands auraient d’abord réglé leur tir puis utilisé des projectiles incendiaires, à l’acide picrique, afin d’enflammer l’édifice.

Dans une lettre datée du 6 octobre et adressée au Chapitre métropolitain de Paris, l’abbé Landrieux parle de trois foyers d’incendie : l’échafaudage du portail, les combles de la grande nef et l’abside84. C’est à dire qu’au moins trois projectiles auraient directement touché l’édifice, ce témoignage rejète donc catégoriquement la thèse de l’accident.

D’autres causes furent-elles à l’origine de cet incendie ? Une rumeur rapportée par l’ouvrage de la Société d’archéologie de la Drome fait état de bidons de pétrole installés dans les tours.

" Leur crime était tellement prémédité qu’on a trouvé dans les tours des monceaux de paille avec des bidons de pétrole, destinés à l’usage que l’on devine. "85 Le bilan humain Combien de prisonniers allemands sont morts dans l’incendie ? Il paraît difficile d’établir un compte exact. L’abbé Landrieux parle, dans une interview datée du 22 septembre, de trois corps découverts le lendemain de l’incendie et de dix autres par la suite86. A ce compte, Albert Chatelle en rajoute un quatorzième découvert pendant les travaux de déblaiement en juin 1915.87

Cependant, y a-t-il eu d’autres morts liés aux fusillades ou étant morts par la suite de leurs blessures ?

La propagande français va d’ailleurs expliquer ces morts :

" … il raconte l’incendie, l’affolement des blessés allemands que les prêtres, afin de les sauver, voulaient faire sortir, et qui s’échappaient, retournaient dans les flammes. "88 Aucun témoignage cependant ne nous permet de connaître les blessures subies par les prisonniers au cours de l’incendie. Le bilan matériel Les dégâts occasionnés à la charpente sont considérables. Pierre Sarazin nous fournit les chiffres suivant : " 2430 stères de bois de la charpente furent incendiés le 19 septembre 1914 ; en ce même jour, fondirent 400.000 kilogs de plomb, représentant 8.100 mètres carrés de couverture. " 89 Voici établit un bilan sommaire des destructions : Les admirables tapisseries de la Cathédrale, comprenant 42 pièces, ont échappé au sinistre. En effet, elles avaient été mises à l’abri avant même l’occupation allemande.

Il n’est pas dans le propos de ce mémoire d’analyser toutes les blessures subies par l’édifice après la journée du 19 septembre90. Cependant il convient de rappeler que les plus graves dégâts subis par la Cathédrale le furent surtout pendant le mois d’avril 1917.

Au bombardement proprement dit, vont s’ajouter des dégâts naturels dus à l’absence de toiture. L’édifice non protégé, va subir les dégradations liées aux intempéries : " l’eau qui ruisselle et les terribles gelées de l’hiver 1916-1917. "91

Une trêve était nécessaire afin de réaliser des travaux de couverture et ainsi protéger l’édifice des intempéries. Cependant les pourparlers n’aboutirent jamais. Monseigneur Landrieux nous rapporte d’ailleurs ces relations diplomatiques :

" Au mois d’octobre 1916, le Saint-Père… avait bien voulu intervenir encore à Berlin, pour obtenir, en faveur de la Cathédrale, une sorte de trêve qui aurait permis d’aviser aux travaux les plus urgents de couverture et de protection.
Il est évident que le Kaiser ne pouvait accéder à cette demande du Pape sans exiger des garanties.
Mais… la réponse… poussait si loin les exigences92 qu’elle équivalait à un refus. "93


78 Témoignage d’Adrien Sénéchal inscrit sur le tableau « Echafaudage devenu bûcher de St Nicaise et de ses Anges vers 15 heures. »
79 LANDRIEUX (Mgr M.), La Cathédrale de Reims, un crime allemand, p 44.
80 ANDRIEUX, Comment j’ai vu brûler la Cathédrale de Reims, p 20.
81 Ces tambours provenaient de l’ancienne église Saint-Nicaise (cf. CHATELLE (A.), Reims ville des sacres, p 93).
82 JADART (H.), Journal d’un Rémois, du 3 Septembre au 6 Octobre 1914, p 32.
83 BOUHELIER (G. de), Les Allemands destructeurs de cathédrales et de trésors du passé. (annexe p 125)
84 VINDEX, La Basilique dévastée, p 17.
85 BELLET (Mgr C.), Protestation contre la destruction de la Cathédrale de Reims et le vandalisme allemand, p 14.
86 A.D.R., Carton 7J 157.
87 CHATELLE (A.), Reims ville des sacres, p 100.
88 ROGER (N.), Le Calvaire de Reims, p 520.
89 SARAZIN (P.), La Cathédrale de Reims, p 35.
90 Pour un compte-rendu détaillé, au jour le jour, des destructions subies par la Cathédrale durant le siège de Reims, on peut se reporter sur l’ouvrage de Monseigneur LANDRIEUX (Mgr M.), La Cathédrale de Reims ; un crime allemand, p 151 à 174.
91 LANDRIEUX (Mgr M.), La Cathédrale de Reims ; un crime allemand, p 165.
92 Voici la liste des exigences réclamées par l’autorité allemande :
- pas de présence militaire sur le chantier
- pas de batteries à moins de 800 m de la Cathédrale
- immunité pour 18 villages désignés du front allemand.
93 LANDRIEUX (Mgr M.), La Cathédrale de Reims ; un crime allemand, p 166.

 
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