Chagall à Reims
par Charles MARCQ
En 1957, Chagall arriva venait à Reims pour la première fois et franchissant le seuil de l’atelier, il y apportait une lumière nouvelle, celle que tout artiste véritable diffuse autour de lui.

Chagall admirait la pure rigueur de Reims, unique pour son unité, mais avec esprit il me disait aussi en ressentir le « caractère officiel » et la froide ordonnance temporelle des cérémonies royales.
La fenêtre centrale évoque les deux grandes figures de l’Ancien et du Nouveau Testament, Abraham et le Christ. Les principaux moments de la vie d’Abraham sont rassemblés dans la partie inférieure de cette fenêtre. On y voit à droite la vision d’Abraham, Abraham recevant les trois Anges, Abraham et Melchisedech, à gauche le Songe de Jacob, Abraham bénissant Isaac, et le sacrifice d’Isaac. La composition supérieure de cette fenêtre nous montre le Christ en Croix, la Déposition de Croix et la Résurrection. La Rosace enfin figure le rayonnement de l’Esprit Saint, entre le Christ et la main de Dieu créateur qui couronne la composition.
La Cathédrale de Reims étant sous le vocable de la Vierge, la fenêtre de gauche représente l’Arbre de Jessé. Du flanc de Jessé couché sort la tige génératrice des Rois de Juda, dont le peintre a retenu les trois grandes figures de Saul, de David et de Salomon, et qui s’épanouit pour donner naissance à la Vierge tenant l’enfant entouré du peuple en prière. La rosace montre les prophètes annonciateurs du Christ couronné par le Chandelier à sept branches, symbole biblique de l’esprit divin.
A la filiation des Rois de Juda, répondent dans la fenêtre de droite quelques grands moments de la vie des Rois de France dont Reims est la cathédrale des Sacres : le baptême de Clovis et le sacre de Charles VII en présence de Jeanne d’Arc. Le registre supérieur de la fenêtre évoque les paraboles du Bon Samaritain et du Royaume des Cieux, données comme exemple aux rois de la terre. La rosace enfin évoque les figures apocalyptique des quatre évangélistes, surmontées de la couronne royale, de la main de justice et de l’épée.

Toujours dans le même esprit, et avec le même souci de conserver à l’édifice son caractère exceptionnel d’unité, Chagall adopta pour cet ensemble un parti de taches colorées sur un grand fond bleu, réunissant les trois fenêtres et modulant de l’une à l’autre les bleus froids aux bleus chauds, suivant l’orientation de celles-ci. Des petites esquisses colorées, où sur une variation de bleus s’inscrivent les taches géométriques des tissus ou des papiers colorés ou découpés, aux grandes maquettes définitives, où la composition s’équilibre, le dessin se révèle et la couleur s’exalte. Chagall réussit un mariage mystique avec l’édifice. Pas question ici d’épouser une forme ou un langage déjà parfaitement dits par les verriers anciens. Loin de toute matérialité, Chagall revit l’impulsion d’une haute époque, par-delà les limites du temps ou d’un espace, librement, spirituellement.
 

Charles Marq

  • Eloi LECLERC, Chagall vitrail pour la paix, Mame (Un certain regard), 2001, ISBN : 272890944X.

Une découverte d'un artiste qui a su sublimer la lumière, notamment à la cathédrale de Reims.

 


Retour à la page principale